Piocher au rami : le choix que l'on fait douze fois par manche

Chaque tour de rami commence par la même décision : prendre la carte du dessus de la pioche fermée, ou celle qui est retournée sur la défausse. Elle paraît anodine, on la prend une douzaine de fois par manche, et c'est probablement le choix le plus sous-estimé du jeu.

Les deux options n'ont pas le même prix

La pioche fermée est un tirage aveugle : une chance sur cinquante-deux environ d'obtenir la carte espérée, mais elle ne dit rien de votre jeu aux autres joueurs. La carte visible, elle, est certaine, et c'est justement son défaut : tout le monde a vu ce que vous avez pris.

Un joueur attentif en déduit immédiatement une partie de votre main. Si vous ramassez un huit de cœur, il sait que vous travaillez soit une tierce à cœur autour du huit, soit un brelan de huit. Il gardera ses huit et ses cartes à cœur, et vous venez de rendre votre propre combinaison plus difficile à terminer.

Trois cas où la carte visible vaut le renseignement donné

Le premier est la carte qui complète immédiatement une combinaison posable. Le gain est acquis, le renseignement ne coûte plus rien puisque vous allez poser.

Le deuxième est la carte qui vous fait franchir le seuil de pose, particulièrement au rami 51 où atteindre le seuil change tout le rythme de la manche. Rester bloqué sous le seuil pendant que les autres posent coûte bien plus que le renseignement livré.

Le troisième est la fin de manche : quand un adversaire s'apprête à terminer, réduire le total de sa propre main devient plus urgent que la discrétion. Le comptage des points explique pourquoi une main lourde en fin de manche coûte si cher.

Ce que la pioche fermée protège

Prendre systématiquement à la pioche fermée pendant les premiers tours brouille complètement votre jeu. Les adversaires n'ont aucune information à exploiter, et vos rejets à la défausse deviennent votre seul signal, que vous contrôlez.

C'est la raison pour laquelle beaucoup de joueurs expérimentés ne touchent la défausse qu'à partir du moment où leur jeu est déjà structuré. Avant cela, l'information vaut plus cher que la carte.

Compter ce qui reste

La pioche s'épuise, et une manche qui va au bout du paquet se joue différemment de celle qui s'arrête tôt. Avec deux jeux de cinquante-deux cartes, la distribution laisse une réserve confortable ; à quatre joueurs sur un seul jeu, elle fond vite.

Quand la pioche devient courte, deux réflexes changent. On cesse de garder des cartes en attente d'un tirage improbable, et on privilégie la défausse visible même au prix du renseignement, parce qu'il n'y aura plus assez de tours pour espérer mieux. Les joueurs confirmés ajustent ce basculement au nombre de cartes restantes, pas au hasard.

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